Groupe Communiste, Républicain, Citoyen et Écologiste

Les débats

Quelle stratégie mettre en place pour que notre pays ne se vide pas de ses capacités intellectuelles ?

Intelligence artificielle -

Par / 2 octobre 2019

Dans les disciplines qui contribuent aux recherches sur l’intelligence artificielle, les Gafam, avec des moyens considérables, développent des stratégies, efficaces et prédatrices, de recrutement des chercheurs des institutions publiques.

Vous nous l’avez dit, monsieur le secrétaire d’État, une bonne partie des Gafam fonctionnent aujourd’hui avec des chercheurs venant de la recherche publique. Ces firmes y parviennent parce qu’elles proposent des rémunérations de cinq à dix fois supérieures aux salaires du secteur public. En outre, elles mettent à la disposition des chercheurs des infrastructures exceptionnelles. Vous avez ainsi évoqué la capacité supposée de Google de permettre aux chercheurs de travailler sur des ordinateurs quantiques.

Face à l’attractivité et à la prédation de ces conglomérats supranationaux, quelle est la stratégie du Gouvernement pour enrayer la fuite des cerveaux de la recherche française ? Cette question est fondamentale.

Si vous ne parveniez pas à développer une telle stratégie, nous perdrions à très court terme toutes les capacités intellectuelles de notre pays au profit des Gafam.

Vous avez esquissé le problème, mais je n’ai pas entendu la solution. J’aimerais donc que vous développiez votre propos. Quelles solutions trouverez-vous, dans le cadre de la grande loi de programme pour la recherche, pour enrayer cette fuite des cerveaux ?

M. le président. La parole est à M. le secrétaire d’État.

M. Cédric O, secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie et des finances et du ministre de l’action et des comptes publics, chargé du numérique. Monsieur le sénateur, je profite de cette occasion pour saluer le rapport que vous avez réalisé sur ce sujet avec M. Gattolin, car il souligne un certain nombre de défis.

Je l’ai dit, nous avons des atouts, notamment la qualité de notre recherche publique. Nous devons être capables de garder nos chercheurs, et nous sommes en train d’y parvenir. À la suite de l’annonce faite par le Président de la République l’année dernière, nous avons fait un peu de « judo » : les Gafam et de nombreux centres d’intelligence artificielle ont ainsi localisé en France leurs centres de recherche.

Mais il faut regarder la situation en face. Pourquoi les chercheurs rejoignent-ils les Gafam ? Non pas seulement à cause des salaires, mais en raison de l’intérêt des recherches qu’ils peuvent mener dans ces centres. Il nous faut donc faire en sorte de localiser les meilleurs centres d’intelligence artificielle en France, l’idée étant de créer un écosystème de recherche.

Un tel écosystème doit englober les entreprises et la recherche publique. Il permet aussi aux chercheurs du secteur public de mener leurs recherches dans un cadre intéressant et de trouver un écosystème attractif.

Nous avons ainsi décidé de concentrer une partie de nos forces sur quatre hubs de recherche – Paris, Grenoble, Toulouse et Nice – et de créer, dans ces cadres-là, un écosystème qui encourage les chercheurs à rester dans notre pays. Ces conditions favorables tiennent aux salaires, à la présence de post-doctorants qui puissent travailler avec eux, d’entreprises qui investissent pour leur fournir les bases de données dont ils ont besoin, qu’ils travaillent dans les domaines de l’aéronautique, de la cybersécurité ou de la santé.

Nous constatons que nous avons enrayé le phénomène de départ. Nous avons même réussi à faire revenir plusieurs chercheurs. L’un des meilleurs chercheurs chiliens, qui exerçait à Stanford, a ainsi rejoint l’institut ANITI à Toulouse, parce qu’il a trouvé cet écosystème. Cela ne nous dispense pas de disposer, aussi, des meilleures entreprises.

M. le président. La parole est à M. Pierre Ouzoulias, pour la réplique.

M. Pierre Ouzoulias. Votre réponse n’est pas claire, monsieur le secrétaire d’État. Que les Gafam s’installent en France pour concevoir des laboratoires de recherche dans lesquels ils attirent la recherche française, cela ne me rassure pas... Dans un tel écosystème, nous allons nous faire « boulotter » – je vous prie d’excuser cette expression – par de grands carnassiers ! Il faut absolument trouver autre chose.

Vous dites que le phénomène est en train de s’inverser. En vue de préparer ce débat, j’ai interrogé mes collègues mathématiciens du CNRS, qui m’ont dit que les laboratoires étaient vides, car ils perdaient systématiquement leurs chercheurs.

M. Jean Bizet. C’est vrai !

M. Pierre Ouzoulias. Dans le cadre de la loi de programme pour la recherche, il faut aujourd’hui envoyer un signal. La recherche française doit donner aux chercheurs ce qu’ils ne trouvent pas chez les Gafam : une carrière professionnelle ayant du sens, la liberté et la capacité de gérer leurs recherches fondamentales sur le long terme.

C’est ainsi que nous pourrons à partir à l’assaut des Gafam, et je souhaite que cet objectif soit inscrit dans la loi de programme pour la recherche.

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