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Emmanuel Macron, c’est le libéralisme triomphant, émancipé des oripeaux de la représentation partisane

Vœux du groupe CRCE -

Par / 30 janvier 2018
https://youtu.be/NAiCpGUlNo0
Emmanuel Macron, c’est le libéralisme triomphant, émancipé des oripeaux de la représentation partisane

Je vous remercie d’avoir répondu ce soir à notre invitation pour cette cérémonie des vœux du groupe CRCE.

Au nom de chaque sénatrice et chaque sénateur, je suis heureuse de pouvoir, une nouvelle fois, vous accueillir, car — osons le dire — rares étaient ceux qui pariaient sur l’existence de notre groupe à la veille du scrutin sénatorial de septembre dernier.

Nous avons toutes et tous mené de bonnes et belles campagnes. Dans un temps très court, nous avons su rassembler dans un paysage politique dévasté.

Notre groupe, tant celui d’hier que celui d’aujourd’hui, forme une belle équipe grâce à l’engagement de chaque élu(e), mais aussi de chaque collaboratrice et collaborateur salariés du groupe ou de parlementaires.
Notre rigueur, notre pugnacité à ne rien lâcher, la cohérence de nos batailles politiques et notre capacité à ne pas nous installer dans des postures, mais bien dans une dynamique qui propose… tout cela est en quelque sorte une marque de fabrique à laquelle nous tenons.

Au lendemain de l’élection, nous avons accueilli nos amis écologistes, E. Benbassa, G. Gontard, ainsi que notre ami P-Y. Collombat, forte personnalité de l’hémicycle. Depuis nous travaillons, nous débattons ensemble dans un esprit constructif et positif ; cet élargissement de notre groupe représente un atout maître.

Présenter les vœux pour une nouvelle année peut paraître un exercice, formel, protocolaire.

Mais cela peut être — et c’est l’idée que je m’en fais — le moment de faire le point sur la situation politique et de tracer modestement quelques perspectives d’action pour les mois à venir.

L’année 2017 a entraîné de nombreux bouleversements dont les répliques sont loin d’être terminées.

L’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron dans des conditions qui ne sont pas celles, faut-il le rappeler, d’une adhésion à un projet rebat les cartes. Peu imaginaient il y a un an la situation d’aujourd’hui, une majorité à l’Assemblée nationale pour un parti présidentiel qui n’existait pas, avec une opposition réelle réduite à la portion congrue, à peine 60 députés et un Sénat dans une forme d’apesanteur entre majorité et opposition, entre accord et froncement de sourcil.

Les difficultés auxquelles sont confrontés les deux partis qui depuis 1981 se succédèrent au pouvoir offrent un paysage politique dévasté, objet d’une recomposition qui n’en finit plus.

Qui est dans l’opposition, qui ne l’est pas ? On entend même une petite musique du côté d’En Marche et du Premier ministre, s’interrogeant sur la nécessité même d’une telle opposition.

Finalement, après des décennies d’alternance pour ne pas changer grand-chose ou pour renoncer après quelques beaux élans, après le règne de la pensée unique dans les médias, nous en sommes là : une opposition est-elle nécessaire ?

Finalement, l’efficacité économique n’exigerait-t-elle pas de mettre une sourdine au débat démocratique ?

Emmanuel Macron, c’est le libéralisme triomphant, émancipé des oripeaux de la représentation partisane.

J’ai le sentiment, encore diffus, mais de plus en plus précis que nous avons franchi avec cette élection présidentielle qui a, je le rappelle, suivi une campagne des législatives pour le moins particulière, que nous avons donc franchi une nouvelle étape démocratique ou plutôt devrais-je dire, non démocratique.

E. Macron et son gouvernement qu’il dirige comme une start-up avec comme chef de projet E. Philippe, fonce dans ce no man’s land politique.
L’été dernier il a expédié la modernisation de la vie politique ainsi que son initiateur à la vitesse grand V en ne s’attaquant évidemment pas aux raisons profondes de la crise politique.

Il légifère par ordonnances pour casser le Code du travail et prendre de vitesse le mouvement social.

Il a usé pleinement du fait majoritaire à l’Assemblée nationale pour imposer un projet de budget au bonheur des riches symbolisé par la suppression de l’ISF pour les actionnaires et détenteurs de produits financiers.

Il est conforté de fait par un Parti socialiste piégé par l’acceptation des dogmes libéraux et les renoncements qui en découlent et par une droite qui découvre que quelqu’un d’autre peut réaliser mieux et plus vite son programme et en vient à s’interroger sur son utilité politique.
Quelque chose ne tourne pas rond. Un Président qui aurait dû recevoir avec humilité sa charge, étant données les conditions de son élection, se sent investi d’une mission que lui seul et ses partisans estiment avoir obtenue des élections.

Cette mission il veut l’appliquer coûte que coûte, avec le moins de débats possible.

La méthode du gouvernement est la suivante. On annonce pêle-mêle de nombreuses réformes de premier plan, sans calendrier afin d’asphyxier la réflexion et bien entendu toute forme de contradiction ou de résistance.

L’annonce durant les fêtes de fin d’année d’un calendrier très chargé : réforme du logement, de la mobilité, de l’assurance chômage, de la formation professionnelle, de la justice, de la politique d’immigration et, bien entendu, d’une importante réforme constitutionnelle ; cette annonce est symptomatique de cette démarche d’asphyxie.
Le projet de loi sur l’enseignement supérieur, pourtant examiné par la seule Assemblée nationale, est d’ailleurs considéré comme adopté par le pouvoir.

E. Macron ne se contente pas d’user d’une pratique institutionnelle. Il entend profondément modifier les institutions pour les adapter à son objectif politique : l’efficacité au service de la mondialisation économique.

La réforme des institutions annoncées au-delà de quelques sujets plus ou moins débattus et parfois rabâchés, s’attaque essentiellement au pouvoir du Parlement à sa place dans la République, s’attaque au débat démocratique, et donc à la Démocratie.

L’affichage démagogique de la réduction du nombre de parlementaires n’est pas à prendre à la légère.

Moins de représentants, c’est moins de pluralisme, c’est moins de rapport avec le réel, avec les territoires.

L’enjeu est lourd. C’est celui d’un basculement de nos institutions vers un régime hyper présidentiel, car si le pouvoir exécutif se trouvera renforcé par l’affaiblissement du Parlement, aucun droit supplémentaire, palpable, consistant n’est envisagé en faveur des assemblées, à l’exception d’un renforcement d’un pouvoir de contrôle bien évanescent.
E. Macron envisage, semble-t-il, de pousser son mépris de la représentation démocratique à l’extrême et qu’un referendum version article 11 de la Constitution pourrait être déclenché avec pour principale conséquence la mise à l’écart radicale du Parlement.
J’estime que la tentation du referendum, sur une base teintée d’antiparlementarisme, est dangereuse.

Mais si elle devait être décidée, un temps important pour un vrai débat national comme en 2005 doit être accordé. Nos concitoyennes et nos concitoyens ont le droit d’avoir tous les éléments sur cette réforme et ont le droit d’en débattre sur le fond sinon le risque serait grand qu’on en reste à une vision populiste du sujet.

S’il en allait autrement, nous pourrions parler de coup de force démocratique et du retour au referendum plébiscitaire, cher à Napoléon III.

Les parlementaires de nos deux groupes, GDR à l’Assemblée nationale, CRCE au Sénat, entendent prendre toute leur part à ce grand débat. Ils organisent en ce sens un colloque le 5 mars prochain, des invitations sont à votre disposition, intitulé : « Face à la crise démocratique : quelle révolution constitutionnelle ? »

D’importantes contributions sont déjà annoncées, de Dominique Rousseau, Roland Gari, Bastien François et Frédéric Dabi. Des représentants de formations de gauche sont invités pour réfléchir ensemble au projet véritablement révolutionnaire qu’il faut mettre en place pour redonner la parole aux citoyens, leur rendre le pouvoir face à ce diktat libéral qui s’impose progressivement.

Notre attitude dans ce débat institutionnel n’est pas conservatrice, bien au contraire.

Nous sommes pour remettre en cause l’actuelle domination présidentielle. Nous proposons de généraliser la proportionnelle. Nous voulons réformer en profondeur le Sénat. Nous voulons confier un véritable pouvoir d’initiative et de contrôle au citoyen.
Mais en aucun cas nous n’accepterons le basculement vers un régime de fait autocratique.

Ce débat institutionnel ne peut être coupé de la vie des gens, de leurs préoccupations.

Le débat sur la sélection à l’université, j’y reviens, montre bien le lien entre institution et réalité sociale.

Le gouvernement a voulu aller plus vite que la musique en mettant en œuvre une loi que le Sénat n’a même pas examinée, qui n’a pas été promulguée.

C’est l’exemple type de la méthode Macron. Au nom d’un intérêt supérieur, on brûle les étapes du débat démocratique.

Le groupe CRCE tient à rappeler à l’ordre institutionnel le gouvernement, en déposant avec d’autres, comme le SNESUP et une association de lycéens voire d’étudiants, cette semaine — demain ou jeudi — un recours en référé suspension contre l’arrêté du 19 janvier qui organise Parcoursup. C’est un acte fort de résistance et d’alerte. Nous le mettons à la disposition du mouvement qui s’organise, à commencer par la journée d’action du 1er février.

E. Macron choisit son timing et ses sujets. Certains le dérangent. L’hôpital public va mal, très mal. L’accès aux soins de nos concitoyens s’en trouve extrêmement fragilisé. L’hôpital doit être une grande priorité nationale, et ce seul point démontre qu’un autre logiciel que le logiciel libéral doit être mis en place pour répondre aux besoins des populations.

Avec nos amis députés, nous ferons un tour de France des hôpitaux pour prendre le pouls de la détresse des personnels et usagers, de leur colère, de l’accompagnement et de la relayer.

Sacrifier la santé sur l’autel du profit est une honte et nous souhaitons en faire rougir E. Macron.

Comment ne pas évoquer la grève des personnels des EHPAD qui ne peuvent plus faire face aux manques de moyens, face au mépris dont est victime leur profession.

La question des EHPAD et de l’accompagnement du vieillissement, met la question des moyens est au cœur du débat.

Éducation, santé, transports, logement, poste, sécurité, prisons, justice…. En fait, pratiquement tous nous services publics sont sacrifiés sur l’autel de la sacro-sainte réduction de la dépense publique. Je me félicite d’ailleurs que mon parti ait pris l’initiative de tenir des états généraux du progrès social le 3 février prochain au cours desquels ces questions, parmi d’autres, seront abordées pour contribuer à construire des débouchés politiques aux mobilisations qui se développent dans notre pays.

Sans être manichéenne, comment ne pas voir qu’aujourd’hui — peut-être plus qu’hier — deux visions de la société s’affrontent, que deux mondes s’affrontent ?

Oui, E. Macron est le Président des riches, celui qui reçoit 140 des plus grands patrons du monde à Versailles avant de les rejoindre à Davos pour leur exposer, en anglais de préférence, tout le bien qu’il pense d’eux. C’est le Président qui fait sienne, qu’il l’admette ou non, la théorie libérale du ruissellement : donner toujours plus aux fortunés et aux autres les quelques fruits recueillis à la sueur de leur front… les miettes, devrais-je dire plutôt.

Face à ces partisans d’un monde où comme le rappelait l’organisation OXFAM, 82 % des richesses appartiennent au 1 % des plus riches et où 42 personnes détiennent autant que les 3,7 milliards les plus pauvres, nombreux sont ceux, et nous en sommes, qui rappellent que c’est d’abord l’humain qui doit être au centre d’une nouvelle politique.
C’est vrai en matière de droits économiques et sociaux, droit à l’emploi, droit au logement, droit à la santé, à l’éducation et à la culture, mais aussi en matière de Droit de l’Homme.

L’attitude d’E. Macron et de son ministre, G. Collomb à l’égard des migrants est exécrable.

La loi du marché est aussi implacable : ce qui n’est pas rentable doit être humilié, méprisé, expulsé. Cachez ce noyé que je ne saurais voir pourraient déclarer ces personnes sans scrupules.

L’incapacité de ce nouveau pouvoir à respecter ce principe essentiel qu’est le droit d’asile, à écarter de son champ toute casse économique ou écologique est symptomatique d’une forme d’angoisse, de rétrécissement de nos valeurs autour de l’une d’entre elles, une seule, celle de l’argent-roi.

Notre groupe a entamé avec vigueur cette année 2018 en inscrivant dès le 16 janvier à l’ordre du jour du Sénat le débat sur les transports en Île-de-France. Le matin nous avons distribué 35.000 tracts dans plusieurs gares de la région pour informer directement les usagers de notre action parlementaire.

Là aussi c’est une question de dignité, de droits. Ces millions de travailleuses et travailleurs ne supportent plus d’être transportés comme du bétail. La colère monte sur ce terrain comme sur tant d’autres que je ne peux évoquer, faute de temps.

Le 7 mars prochain, nous mettons en débat une proposition de résolution déjà adoptée à l’Assemblée nationale pour une conférence internationale sur l’évasion fiscale, la COP Fiscale. Les richesses créées par les salariés dans notre pays doivent servir au développement de celui-ci et ne pas fructifier dans tel ou tel paradis fiscal au profit de spéculateurs.

Nous inscrivons également le 7 mars la proposition de loi de notre ami A. Chassaigne relative aux retraites agricoles et qui a également été adoptée à l’Assemblée nationale.

Notre groupe, comme nous avons l’habitude de le dire, porte une voix différente au Sénat.

Nous sommes le seul groupe d’opposition à la politique d’E. Macron et nous le confirmons chaque jour.

Malgré notre faible effectif, nous ne désertons aucun débat et tentons, comme je l’ai indiqué, de faire le lien entre le terrain et l’hémicycle.
Et le terrain est vaste, car, si nous portons la voix de nos concitoyennes et nos concitoyens nous portons aussi celle de tous ces peuples qui souffrent dans le monde : de la guerre, de la misère, des effets du réchauffement climatique ; de celles et ceux réduits à l’esclavage ; de celles et ceux qui subissent des dominations ; de celles et ceux qui sont privés de liberté, car … épris de liberté pour leur pays.

Notre fonctionnement collectif, les échanges permanents entre nous permettent de mettre en place cette résistance et surtout de construire des propositions qui seules permettront une alternative de progrès.
Cette année 2018, cinquante ans après une année qui marqua l’histoire du mouvement social, s’annonce rude et peut-être décisive pour porter un coup d’arrêt à la déferlante libérale incarnée par E. Macron.

Il faudra de l’énergie et du courage pour répondre ainsi à l’attente de toutes celles et tous ceux qui ont peu, de tous ceux qui n’ont rien.
J’ai bon espoir, car de nombreux signes montrent que des salariés aux étudiants en passant par les retraités, beaucoup relèvent la tête en ce début d’année dont les femmes qui sont de ces combats, mais qui aussi n’acceptent plus d’être humiliées, harcelées, malmenées.

Chers Amis, c’est sur cette note d’espoir que vous êtes nombreuses et nombreux à partager ici, que je vous souhaite le meilleur pour vous et pour vos proches.

Je vous souhaite une bonne année de débats ; une bonne année d’actions et que l’Humain, la Démocratie et la Paix soient le cœur de nos combats.

Je vous remercie et vous invite à lever ensemble le verre de l’amitié

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