En vingt ans, nous avons perdu 114 000 emplois dans l’automobile, et on anticipe 80 000 suppressions supplémentaires d’ici à 2030. La production nationale est au plus bas depuis 1962. Notre déficit commercial automobile atteint 24 milliards d’euros.
Cette spirale de désindustrialisation est la conséquence de choix politiques. Dans le même temps, l’argent public coule, sans transparence ni suivi. Près de 6 milliards d’euros d’aides ont été versés à la filière entre 2020 et 2022, sans être conditionnés au maintien de l’emploi ou à la relocalisation de productions stratégiques.
Les gouvernements successifs n’ont jamais essayé de corriger le tir. Les donneurs d’ordre ont les mains libres pour fermer les sous-traitants les uns après les autres. Toujours le même schéma : baisse des commandes, mise en concurrence avec des pays moins-disant, puis la liquidation. Et lorsque les salariés s’insurgent, le même le refrain : impossible d’aller contre le marché, d’intervenir sur les décisions des donneurs d’ordre, l’Europe l’interdit. Résultat, la sous-traitance, colonne vertébrale de la filière, s’effondre. Nos PME disparaissent dans l’indifférence. Sur le site historique de PSA à Aulnay, MA France a délocalisé sa production en Turquie.
La responsabilité est aussi politique : en sacrifiant la logique industrielle sur l’autel de la baisse du coût du travail, on organise notre désindustrialisation. L’incertitude autour du prix de l’énergie, du fait de la dérégulation du marché, décourage les investissements.
Une voiture neuve coûte désormais autour de 35 000 euros. L’âge moyen du premier achat est de 57 ans. La voiture populaire a disparu et avec elle, l’accès pour les jeunes et les classes populaires. Quand la Chine propose des voitures électriques à moins de 10 000 euros et le Japon, de petites voitures fiables et économiques, nous nous enfermons dans des modèles toujours plus lourds et plus chers.
Il est temps de reprendre la main, de conditionner l’argent public, de renverser le rapport de force avec les donneurs d’ordres, de garantir un prix de l’énergie stable, de relancer une voiture populaire française. Nous avons les savoir-faire, il nous faut une volonté politique ferme. Écoutons les travailleurs et travailleuses de la filière ! (Applaudissements sur les travées des groupes CRCE-K et Les Républicains ; MM. Marc Laménie, Henri Cabanel et Guislain Cambier applaudissent également.)
M. Sébastien Martin, ministre délégué. - Je connais votre combat sur la question des aides publiques - mais si nos entreprises allaient si bien, elles n’en auraient pas besoin. Notre tissu économique a besoin d’être soutenu. Face à la concurrence déloyale de la Chine, il faut une intervention publique.
Il est faux de dire que les 6 milliards d’aides ne sont pas conditionnés. Les 3,5 milliards qui vont à la batterie sont conditionnés à la sortie d’une vraie filière dans les Hauts-de-France. En face des 2 milliards pour les constructeurs et équipementiers, il y a des projets d’investissement, de transition, de soutien à la filière.
M. Fabien Gay. - Le combat sur les aides publiques devrait être le nôtre, le vôtre. Il faut bien sûr soutenir l’économie réelle, mais les aides publiques doivent venir en appui de politiques publiques ciblées.
Les sous-traitants qui avaient reçu des aides pendant la pandémie pour maintenir l’emploi n’ont pas hésité à licencier, car les aides n’étaient pas conditionnées au maintien des savoir-faire et des sites.
Attention : nous sommes en train de nous hyperspécialiser sur la batterie électrique, mais tout le reste part ailleurs. Nous perdons en réalité notre souveraineté sur l’ensemble de la chaîne de production.