Faire confiance à la jeunesse plutôt qu’aux algorithmes

Débat sur l'avenir de Parcoursup

Publié le 5 novembre 2026 à 11:30

En mars 2019, la ministre affirmait : « les algorithmes locaux n’existent pas » ; en avril 2026, un président d’université avouait devant notre commission d’enquête qu’il n’examinait pas tous les dossiers, mais uniquement les premiers d’entre eux, tels que classés par Parcoursup.

Entre ces deux déclarations, sept ans de dissimulation volontaire, malgré les appels à plus de transparence.

Si les commissions peuvent ne pas dévoiler les procédures de tri des dossiers, c’est grâce à un amendement du Gouvernement couvrant le secret des délibérations. On a vu qu’il ne s’agissait pas de cela...

Submergées par les dossiers de candidature, les commissions réalisent un premier traitement informatisé à partir des notes au baccalauréat et au contrôle continu. Selon la Cour des comptes, 20 % des commissions pondèrent le contrôle continu par le rang de classement du lycée d’origine.

L’algorithme général de Parcoursup est public, mais pas ce que j’ai appelé, dès 2018, les algorithmes locaux, propres à chaque commission. Que de temps perdu !

Jacques Toubon, alors Défenseur des droits, a demandé en 2019 à les rendre publics. Jacques Grosperrin, dans son rapport d’information, a recommandé de sortir du régime dérogatoire de la loi ORE pour revenir dans le droit commun. Un amendement du Sénat avait été adopté en séance publique, répondant aux recommandations de la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada), de la Cour des comptes, de la Cnil, entre autres. En huit ans nous n’avons pas réussi ce que les étudiants ont réussi en quarante jours. Cela dit beaucoup des défaillances de notre fonctionnement démocratique.

Il est trop tard pour amender une plateforme qui a privé les candidats d’un droit garanti à tous les citoyens. Les étudiants n’acceptent pas son opacité, alors que Parcoursup est la porte d’entrée vers leur avenir professionnel.

Les objectifs de la loi de 2018 étaient contradictoires : tous les bacheliers pouvaient poursuivre leurs études dans le supérieur, mais l’autorité académique déterminait les capacités d’accueil des établissements. Parcoursup est l’outil qui permet d’adapter une demande toujours croissante à une offre de formation réduite. La très grande majorité des filières étant en tension, elles sont sélectives. Il est donc faux de soutenir que le baccalauréat donne accès à l’université.

D’autant que l’État n’y a plus investi depuis le plan Jospin de 1990, qui avait créé huit nouvelles universités. Depuis, les universités gèrent la pénurie de moyens, dans des conditions d’accueil et d’enseignement dégradées. L’abrogation de Parcoursup n’y changera rien.

Il est toutefois possible de modifier le système d’affectation d’ici à la rentrée 2027 pour éliminer les discriminations sociales qu’il induit, notamment celles qui pèsent de façon scandaleuse sur les candidats des outre-mer.

La question de l’université et de la recherche doit faire partie des enjeux de la campagne en cours, disiez-vous ? Les étudiants et lycéens ont exaucé votre voeu.

La nation ne peut affronter les enjeux de la conversion énergétique, de la réindustrialisation, de l’adaptation au changement climatique, de la maîtrise de l’intelligence artificielle sans un investissement massif dans l’enseignement, la connaissance, la recherche et l’innovation. Faisons confiance à la jeunesse : sa capacité à apprendre déterminera le rôle de la France dans l’effort que doit réaliser notre humanité pour échapper au destin fatal qui lui est promis. Le pire n’est pas certain, la connaissance peut nous sauver.

Pierre Ouzoulias

Sénateur des Hauts-de-Seine
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Il est trop tard pour amender une plateforme qui a privé les candidats d'un droit garanti à tous les citoyens. Les étudiants n'acceptent pas son opacité, alors que Parcoursup est la porte d'entrée vers leur avenir professionnel.

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